Men in skirts, d’Andrew Bolton

Couverture du livre "Men in Skirts" d'Andrew Bolton

Intitulé tout simplement « Men in skirts », c’est-à-dire « Hommes en jupe », comme l’association HEJ, c’est comme si ce livre nous était directement adressé ! Dans la foulée de la fameuse exposition sur la jupe masculine qu’il a lui-même organisée à Londres puis à New-York dans les années 2001 à 2004, Andrew Bolton a publié ce livre entièrement consacré à la jupe au masculin. Et autant dire que, en tant que conservateur du Costume Institut au Metropolitan Museum of Art de New-York, il connaît bien son sujet.

La première partie du livre évoque les tentatives récentes ou moins récentes de remettre le vêtement ouvert au goût du jour. Jacques Estérel, bien sûr, dans les années 60, puis Jean-Paul Gaultier et l’émergence de nouveaux comportements masculins vis-à-vis de la mode, incarnés notamment par le métrosexuel David Beckam. Tout cela a déjà été vu et revu, me direz-vous.

Mais ce chapitre recèle aussi des informations moins connues. Saviez-vous par exemple qu’à la fin du XVIIIème siècle, le peintre Jacques-Louis David, l’un des artistes les plus emblématiques de la période révolutionnaire, réalisa à la demande du Comité de Salut Public une série de projets pour réformer les costumes civils et officiels du nouveau régime ? Ou que des britanniques fondèrent en Jupe masculine de Jean-Paul Gaultier, collection Automne/Hiver 2001-20021929 un « parti de la réforme de l’habit masculin », préconisant le port du short et du kilt, dont ils vantaient les mérites tant au niveau de l’apparence et du confort que de l’hygiène et de la santé ?

Le livre explore ensuite les différents types et styles de jupes portées par les hommes à travers les âges, et ceux portés encore aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde. Chaque exemple est illustré de photos montrant non seulement le vêtement dont on parle mais aussi les créations modernes qu’il a inspirées. Les statues d’empereurs romains font donc face aux mannequins en toge des défilés de Vivienne Westwood, et les photos de maharadjas voisinent celles des créations contemporaines de Versace ou d’Armani.

A la conjonction de l’histoire et de l’exotisme, un chapitre entier est consacré au kilt, un vêtement qui a su s’adapter aux changements d’époques et de modes. Enfin, le livre se conclut en suivant le kilt et les vêtements ouverts dans l’univers des sous-cultures de la fin du XXème siècle, des groupes ou mouvements pour lesquels, chacun à leur manière, la jupe masculine étant un puissant moyen de transgression et d’expression de soi-même.

« Men in skirts » intéressera autant le néophyte que l’homme en jupe averti, livrant au lecteur l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur la jupe masculine du point de vue de l’histoire, des différentes cultures et sous-cultures, et de la mode contemporaine. C’est un ouvrage qui se lit facilement pour quelqu’un qui maîtrise la langue de Shakespeare, et qui peut même s’acheter pour ses nombreuses illustrations en couleurs. Son principal défaut est de ne pas avoir été édité en Français.

Extrait :

« La jupe masculine est toujours sur le point d’arriver ou d’être acceptée par tous. Que ce soit dans le futur proche de « la saison prochaine » ou dans le futur lointain de « l’utopie », son statut est toujours « en attente ».

Depuis la fin du XVIIIème siècle, différents groupes et individus ont vu dans la jupe le voile naturel qui nous resterait, dussions-nous perdre ou abandonner notre bagage culturel. Typiquement, ils destinaient le port de vêtements en forme de jupe ou sans bifurcation à une société édénique dans laquelle les distinctions entre les sexes auraient été éliminées et où l’habillement unisexe serait devenu la norme.

Beaucoup de créateurs et de stylistes ont été inspirés par cette construction fluide et futuriste de la masculinité pour envisager la jupe comme une extrémité jamais atteinte, un choc aux limites de la mode qui ne perdrait jamais de sa force.

Cette révolution perpétuelle se maintient grâce à la perception que la jupe est impossible à porter et par la menace (ou la tentation) de la censure.

Pour quelques hommes, cependant, un futur plus égalitaire, issu d’un internet mondialisé et instantané, est déjà arrivé. Ils vivent et achètent la jupe au quotidien, aujourd’hui. »

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Jérémie Lefebvre

Jérémie est un Chti émigré en terre alsacienne. Si vous avez la chance de visiter Strasbourg, vous le verrez peut-être traverser la ville en jupe masculine sur son beau vélo hollandais. Ses jupes fétiches : des Sport Kilts (il en a presque un de chaque couleur !), des jupes Hiatus, et des kilts traditionnels pour les grandes occasions.

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