Ils ont tenté la jupe masculine au travail

La jupe masculine au travail

Porter la jupe quand on est un homme, même si celle-ci a un look clairement masculin, conduit inévitablement à se poser la question : comment mon choix vestimentaire va-t-il être accepté par les autres ? Suivant qu’on se balade dans la rue, qu’on se rende en soirée chez des amis ou qu’on va en visite dans la belle-famille, l’approche n’est pas la même, et les réactions peuvent être diverses et variées.

Mais aussi étendus que soit les territoires conquis par un homme en jupe dans sa quête pour la liberté vestimentaire, le monde du travail semble toujours être la dernière frontière de la jupe pour homme.

Trois témoignages, trois histoires différentes

Plus d’un siècle sépare les débuts du pantalon féminin de l’époque de la série Mad Men (où l’on voit le monde professionnel de 1960, les femmes toutes en jupe ou en robe). Alors, n’est-ce pas un peu tôt pour penser à venir travailler en jupe masculine ?

Des hommes ont pourtant tenté l’expérience, avec des succès divers. Ce sont les témoignages de trois d’entre eux que nous vous invitons à découvrir ci-dessous. Trois histoires d’hommes en jupe, dans des contextes et des milieux professionnels différents, qui donneront peut-être des repères à ceux qui aimeraient sauter le pas.

Tout d’abord Jérôme, 41 ans, fonctionnaire dans le Limousin, interviewé par RMC le 26 avril dernier :

« Jusqu’à peu, je n’avais pas pris le risque de venir en jupe au travail car je ne voulais pas avoir d’ennui même si tous mes collègues étaient au courant. Mais l’été dernier, en raison des fortes chaleurs, nous avons reçu un courrier de la DRH indiquant que l’on pouvait venir en tenue décontractée. J’ai alors demandé si je pouvais venir en jupe et l’on m’a répondu que c’était possible sauf quand je suis en contact avec le public. Depuis, beaucoup de collègues m’ont félicité, surtout des femmes d’ailleurs. »

Enseigner en jupe : ce n’est pas pour tout de suite !

Pour d’autres, le chemin semble encore long, comme le raconte Romain :

« J’ai découvert le plaisir de porter le kilt il y environ un an et demi maintenant. Je me suis senti assez vite frustré de ne pas pouvoir porter ce vêtement au travail. Mais voilà, j’étais enseignant en collège et cela me semblait délicat.

J’ai profité d’une réunion de travail sur les nouveaux programmes, donc une journée sans élève, pour tenter le coup. La cheffe a eu un regard désapprobateur, mais ce n’est pas allé plus loin. Des collègues ont été intrigués et m’ont posé des questions, la cheffe-adjointe m’a complimenté. En fin d’après-midi, il s’est mis à neiger ! Là, j’ai eu le droit à quelques moqueries comme « tu vas avoir froid ! », « Tu veux que je te prête mes collants ? »… Remarques auxquelles n’ont apparemment pas eu droit mes quelques collègues en jupe ce jour-là (mais elles avaient des collants) !

Globalement, je ne pense pas avoir rencontré plus d’intérêt pour ma démarche que lorsque je me promène dans la rue. Les quelques questions ont émergé, selon moi, parce que j’avais une certaine proximité avec les gens, du fait que nous travaillions ensemble, voire discutions aux récréations. Lors de la deuxième réunion, j’ai recommencé, avec un autre kilt. J’ai eu moins de questions dessus, ce qui tend à confirmer ma conjecture.

Ensuite j’ai dû faire un remplacement dans un lycée. Le jour de l’épreuve de philosophie du baccalauréat, j’ai voulu mettre un kilt. Comme à chaque première fois, j’avais prévu un pantalon dans mon sac au cas où. Le chef-adjoint a été surpris par ma tenue, mais ça s’est arrêté là. Je n’ai pas senti de gêne chez les élèves. L’une d’elles m’a même demandé, en quittant la salle où j’avais eu mon kilt. N’ayant pas eu de remarques négatives de la part de ma hiérarchie, même a posteriori, j’ai voulu récidivé. Mal m’en a pris car, cette fois, je suis tombé sur le chef… et il n’a pas apprécié du tout. L’affaire s’est terminée par un signalement au rectorat et une lettre de réprimande (reçu à la rentrée suivante). Cette affaire m’a rendu amer car je me suis senti bête de m’être laissé avoir ainsi, me sentant autorisé à porter le kilt par l’attitude de ma hiérarchie, mais aussi pour d’autres éléments que je me dois de taire car je suis tenu à un devoir de réserve.

Actuellement, je dois dire au revoir au métier d’enseignant, pour des raisons autres que les faits que j’ai racontés. Mais je sais que, si je veux porter la jupe ou le kilt au travail, je devrais demander la permission, comme on demande une faveur. Mais est-ce une faveur que de pouvoir travailler à l’aise ou une condition pour faire un travail de qualité ? »

Une approche progressive

Enfin, une note d’optimisme avec Jérémie, un informaticien de 41 ans, qui a eu plus de chance :

« En ce qui me concerne, faire accepter la jupe masculine sur mon lieu de travail ne s’est pas fait du jour au lendemain. Au départ, je suis simplement venu à une soirée entre collègues vêtu d’un kilt traditionnel (c’était le seul type de jupe masculine que j’avais dans ma garde-robe à l’époque). Même s’il s’agissait de la traditionnelle soirée-resto de fin d’année à laquelle tous les membres de mon service étaient conviés, ça restait une sortie privée, organisée par un groupe de collègues. Chacun pouvait donc venir comme il était, et, dans mon cas, ça voulait dire venir en kilt. Quelques questions (« Pourquoi es-tu venu comme ça ? » Réponse : « Je porte le kilt de temps en temps. ») et, en cours de soirée, quand l’ambiance était bien chaude, et encouragé par un groupe d’étudiants avec qui nous partagions la salle, j’ai dû monter sur ma chaise sous les applaudissements.

Quelques années plus tard, j’ai commencé à aller aux soirées officielles du boulot, en présence des grands chefs, en jupe masculine. En kilt en jean lors d’une soirée cocktail et dîner organisée par le C.E. (« la classe ! » me disait un serveur quand il passait près de moi) ; en jupe mi-longue, puis en « kilt de sport » lors des soirées de remises de médailles du travail. Les collègues ont un peu plus rigolé quand je portais la jupe mi-longue, mais la coupe kilt passe mieux. A chaque fois, des collègues étonnés m’abordent pour me poser des questions.

Et puis, un jour d’été, lors d’une vague de chaleur, j’en ai eu marre de crever de chaud dans mon jean, et je suis arrivé en kilt au boulot. Même si je n’ai pas de contact avec les clients, j’étais évidemment un peu stressé, ne sachant quelles seraient les réactions des collègues et de la hiérarchie. J’avais pris un pantalon dans mon sac au cas où. Quelques rires de collègues proches, des réflexions du style « de l’époque de tel chef, tu n’aurais pas pu mettre ça », mais c’est tout. Ceux que je croise dans les couloirs n’ont pas de réaction particulière.

Et le midi, quand j’arrive au restaurant d’entreprise, je vois toutes les femmes en habits d’été, et je me dis « pourquoi moi je n’aurais pas le droit alors qu’elles peuvent venir comme ça ? », et le stress retombe d’un coup.

En sortant du restaurant, je croise mon N+3, tout sourire, qui me fait un signe de la tête pour me saluer. C’est comme s’il n’avait même pas remarqué mon habillement.

Maintenant, je mets régulièrement un kilt lors des jours les plus chauds de l’année. Mon plus gros problème : les collègues féminines qui se plaignent quand je viens en pantalon l’été ! »

Est-ce que vous ou un de vos collèges a aussi tenté la jupe masculine au travail ? Ou vous aimeriez le faire ? Partagez avec nous votre histoire dans les commentaires ci-dessous ou en nous envoyant un message.

(lu 159 fois)

Jérémie Lefebvre

Jérémie est un Chti émigré en terre alsacienne. Si vous avez la chance de visiter Strasbourg, vous le verrez peut-être traverser la ville en jupe masculine sur son beau vélo hollandais. Ses jupes fétiches : des Sport Kilts (il en a presque un de chaque couleur !), des jupes Hiatus, et des kilts traditionnels pour les grandes occasions.

3 Comments

  1. Gloups ! « la cheffe-adjointe m’a complimentée » : je suis un homme, ce « e » n’a rien à faire à la fin du participe passé ! Et « J’ai eu moins de question », il manque un « s », mais attention ! il s’est peut-être glissé ailleurs dans mon texte !

    En tout cas, ce texte montre deux approches possibles et les succès divers. On voit que le succès de la jupe pour homme au travail dépend beaucoup de la hiérarchie. Dommage qu’on n’ait pas pu rassembler plus de retour… Mais je partage sans réserve.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This blog is kept spam free by WP-SpamFree.